Une question de Cpawam :

Ben j'ai un rdv dans une "graaaaaaaaaaaaaaaande agence" du bled (Paris) comme planneur stratégique. Je rencontre le DG et je me demandais quelle approche toi le e-consultant tu verrais dans un cas pareil. Mis à part mettre mes trippes sur la table et faire valoir mon expérience... quelles ruses pour décrocher le poste ?'

La réponse du e-consultant :

Alors pour tous ceux qui ne pipent que dalle aux terminologies barbares de l'univers branchouille de la pub et de la com', le planner stratégique est un métier particulièrement zarbi qui ne sert strictement à rien mais où tu palpes grave.

Véritable médiateur entre la créa et le commercial, il sert grosso modo à expliquer aux créatifs qu'il faut avoir des idées pas trop connes même si ce que baratine le commercial est complétement débile. Dans l'autre sens, il tchappe ensuite au commercial que, si si l'idée qu'ont eu les créatifs est complétement défendable devant le client puisque ça correspond au brief (brief que lui seul capte d'ailleurs) et qu'on voit bien son logo en gros (après de dures bastons internes et d'innombrables bazardages de gobelets de kawa sur des paperboards). C'est un donc principalement un métier d'allers-retours, d'étages et d'escaliers.

Dénicheur de tendances hyper fashion et bouffeurs d'études socio au kilomètre, le planneur stratégique est le preneur de chou par excellence. Il a une théorie sur tout et est totalement cap' de te faire douter le meilleur expert de sa catégorie en lui retournant sa vision du monde comme un crêpe au sucre.

Mais bon tout ça c'est de la flûte à bec parce qu'en réalité le planneur stratégique ne branle rien. Il se contente de déconner avec les créatifs au babyfoot de l'agence ou de faire "waoow" ou "bof c'est naze" devant le dernière campagne de chez Bidule & Co, ce qui montre d'ailleurs son esprit d'analyse particulièrement affuté.

Sa vraie fonction et ce qui fait avant tout son utilité dans une boîte à pub est d'enfumer le client. Quand un client part en couille, te prend la tronche ou menace de se casser, tu envoies ton planner. Il lui balourde un powerpoint bien chanmé et complétement vrillé sur sa vision du marché du client. Et là, miracle, ton clibard revient dans le rang en se disant "Ah ouais putain, c'est vrai qu'ils sont intelligents dans cette agence".

Cette petite mise au point effectuée, on voit que la stratégie d'entretien est maintenant tout traçée. Matons un peu comment tu pourrais, Cpawam, te dépatouiller de ce RDV avec le DG de cette big agence.

1. Communique une vision très personnelle du planning
En vérité, le DG ne sait pas ce que c'est le planning stratégique. Comme tout le monde, il fait style il sait. Mais en fait, il a jamais rien pigé. Il faut donc que tu lui expliques. Une ré-vé-la-tion ! Il attend que ça le bougre, et ça fait un moment.

Comme chaque agence a sa version et, en fait, chaque planner également, à toi d'enquiller sur un truc novateur qui va lui déchirer la face pour quelques heures. Imprime-lui dans la tronche ta conception du bazar.

par ex :
- "le planning stratégique c'est une éponge à foutre : il prend le meilleur de chacun et le ressort transformé, compacté, aggloméré en un truc cohérent et super fertile"
- "le planneur, son job c'est de connecter l'inconnectable "
- "le bon planning stratégique, l'effet que ça fait c'est un peu le mari qui rentre à la maison après une bonne journée de taf. Il sait qu'il va mettre les pieds sur la table, se faire tailler une bonne pipe, et mater un bon match. Tout a été pensé pour que ça soit pépère. Le vrai confort de la pensée.
- "Si je comparais le planneur à un autre métier pas dans la pub, je dirais que le planneur c'est comme.. euh (fais semblant d'hésiter ça fera plus naturel).. comme un dresseur de phoques : il maintient le client en haleine avec un bon gros poiscaille et lui apprend à jongler un ballon sur le pif."

2. Est l'air d'être un puits de science
C'est souvent ça qu'achète une agence en recrutant un planneur : de la culture et du brain. Tu vois, ils se disent "Tiens ça serait pas mal d'avoir un type qu'en a dans la cafetière ici. Comme ça, si un jour on sait pas un truc, on naka lui demander. Ca nous évite de chercher des plombes sur internet. Et puis, ça te fait des trucs à recaser quand tu t'emmerdes en déj' client."

Donc, pour l'entretien, il te faut travailler des sujets pointus comme le marché du poulet transgénique en Asie centrale, ou le renouveau du concept ethno-socio de régression hystérique par le string chez les femmes actives de moins de 40 piges.

Il faut aussi que tu cites des pubs invraisembables comme la dernière campagne de Zlappy la moule leader en Ukraine où on voit une moule qui danse un Troïka de ouf sur un air de Stravinski avec deux rondelles de citron. Ou encore l'affiche génialissime de Bret Savage, le leader du film indé en Ouganda avec juste écrit "pub" dessus et le nom de la marque. Trop concept.

3. Si tu as des concurrents sur le job, nique les par la bande
Balance des gros ragots sur toutes les agences où ils ont pu passer (donc toutes sauf celles où toi tu es passé) et baratine lui comment leur vision du planning est pourrie, etriquée comme un top-model en bermuda et donc obsolète. Il bitera rien, mais les DG adorent les ragots.

4. Parle de tunes
Un DG se cogne pas mal de la création ou de préserver la griffe de son agence, ce qui le fait kiffer c'est les caillasses. Il veut savoir comment tu vas augmenter le chiffre d'affaires de la boutique. Démontre-lui à 135 % que tu vas lui faire péter la machine à billets. Garanti Maurice après mes prez' mes clients envoient des chèques direk.

Bon te voilà armé pour passer un entretien qui va en coiffer quelques uns au poteau. Je pense qu'avec peu de Benzedrine, ça le fait aussi.

Et n'oublies pas : si tu décroches le job, je prends 15% de ton salaire.